468                      Les Spectacles de la Foire.
III
L'an 1782, le famedi 17 août, une heure de relevée, eft comparu en l'hôtel et par-devant nous Nicolas Maillot, etc., Maurice-François Rocher de Vo-lange, acteur au fpectacle des Variétés-Amufantes, demeurant rue de Bourbon-Villeneuve, au coin de la rue St-Claude, maifcjn occupée par bas par une marchande de modes, paroiue de Bonne-Nouvelle : Lequel nous a rendu plainte contre un fleur Tonnelier et dit que, le 12 du préfent mois dans la matinée, ledit fleur Tonnelier s'eft préfenté chez lui et lui plaignant lui a demandé qui il étoit et ce qu'il vouloit. A quoi il lui a répondu qu'il avoit été dans le commerce et même affocié avec le fleur Léclufe et qu'il lui apportoit une pièce de comédie ; et lui plaignant a examiné cette pièce de comédie même pendant que fon perruquier le coiffoit. Et ledit Tonnelier, que lui plaignant ne connoiffoit pas, étant debout et voyant le fils de lui plaignant qui déjeûnoit, a dit avec un air de familiarité et de hardieffe : « Quand je vois manger, cela me donne appétit. » Et eft allé au buffet de lui dépofant, a pris du pain qui étoit fur ledit buffet, en a coupé et même a pris une prune fur une affiette et s'eft mis à manger et dans ce moment a dit à lui plaignant devant des perfonnes qui étoient là : « Savez-vous une nou­velle ? Meffieurs Tourton et Baur ont fait banqueroute ainfi que M. Séguin, Caillier de M. le duc de Chartres. » A quoi lui plaignant n'a fait aucune attention, étant occupé à lire la pièce que ce particulier lui avoit préfentée. Et un inftant après lui plaignant a remis la pièce de comédie en queftion audit Tonnelier qui s'eft retiré. Que lui plaignant a reçu hier dans la matinée une lettre.de M* Vanglenne, commiffaire, qui le mandoit chez lui pour affaire. Que s'y étant rendu aujourd'hui à l'heure indiquée par la lettre, il a été fort furpris de voir une lettre écrite par M. Tourton à M. Lenoir dans laquelle il fe plaint que lui plaignant a tenu fur le compte de leur maifon des propos qui peuvent ternir leur réputation et faire grand tort à leur crédit; pourquoi il s'en rapporte à la juftice du magiftrat fur la punition à infliger, et ce d'après les rapports dudit Tonnelier expreffément nommé dans ladite lettre. Et comme cette inculpation fauffe devient une calomnie odieufe dans la bouche dudit fleur Tonnelier, qui lui feul a tenu ce propos, et que lui fuppliant défire fe juftifier tant à l'égard de Mefficurs Tourton et Baur quc devant le magiftrat et aux yeux du public, il s'eft retiré devant nous pour nous rendre la préfente plainte (1).
Signé : Maillot; Rocher Volange.
(Archives dei Comm., n° 3789.)
(1) Dans l'information qui fut faite en suite de cette plainte, on entendit un camarade de Vo-langc, Barthèteiy Bouché, agé dc a8 ans, peintre ct acteur aux Variétés-Amusantes, demeurant rue Montmartre, maison du sieur Hébert, marchand de vin, à la Boulc.Rouge.